Des temps difficiles

Message suite à l’annonce
de l’enquête concernant Jean Vanier

Vous êtes bien sûr au courant de la récente découverte des graves agissements de notre fondateur Jean Vanier. Nous sommes bouleversés par ces révélations et nous condamnons sans réserve ces agissements, qui sont contraires à nos principes fondamentaux de respect et d'intégrité de chaque personne.

Jean Vanier n'exerçait plus de responsabilités à L'Arche depuis l'année 1981. Ici La Ferme est un lieu où il a donné beaucoup de conférences et de retraites. Cependant, depuis 2017, sa santé ne lui permettait plus de le faire. Nous n'avions pas attendu pour faire un travail sur l'orientation à prendre après son retrait.

Les responsables de L'Arche nous ont confirmés dans notre mission de communauté d'accueil, de prière, de formation et de diffusion des valeurs de L'Arche. C'est une vision issue de l'expérience de la vie partagée dans nos communautés avec des personnes ayant un handicap mental. Cette vie partagée reste très vivante dans L'Arche. Elle est source de croissance humaine et spirituelle pour ceux qui la vivent. Elle inspire notre vision de la personne humaine et de son rapport à Dieu. C'est à partir de cette vision que nous bâtissons notre programme et que nous organisons nos retraites.

La Ferme d'aujourd'hui est au service de L'Arche pour essayer de remplir au mieux cette mission. C'est dans cette esprit d’accueil et d’ouverture que notre communauté est heureuse de vous accueillir.

Tim Kearney, directeur
et tous les membres de La Ferme

Des temps difficiles

« Cela va prendre du temps »

Quelques semaines après l’annonce, le 22 février, des résultats de l’enquête de L'Arche Internationale révélant les agissements de son fondateur Jean Vanier, Pierre Jacquand, responsable national de L'Arche en France, nous livre un état des réactions qui ont pu être exprimées par les membres et les amis de L'Arche.
 

Q – Comment, avec un peu de recul, analysez-vous l’annonce des révélations sur Jean Vanier ?

Faire connaître au public ce que nous avons découvert sur Jean Vanier, c’est un second choc qui se rajoute au choc des révélations elles-mêmes. Il y a un effet miroir. Mais la mise en lumière des agissements du fondateur de L’Arche va créer des espaces de revitalisation, j’en suis convaincu. Les communautés de L’Arche ont fait corps et nous avons senti combien nous étions unis au milieu de de cette tempête, avec une pensée tournée avant tout vers ces femmes qui ont eu le courage de parler.
 

Q - Quels retours avez-vous eu des communautés ?

Les membres des communautés ont eu besoin de se retrouver autour de cette nouvelle, qui a été vécue comme un 2e décès de notre fondateur. Dans chaque communauté, il y a eu beaucoup de discussions, de questions et d’incompréhension sur le comportement de Jean Vanier… Et aussi des interrogations sur l’avenir de L’Arche et des remises en question.

Parfois, l’annonce des résultats de l’enquête est venue en résonance de l’histoire personnelle douloureuse de certains assistants ou personnes accueillies. Cela a provoqué beaucoup d’émotion.

Les « anciens » de L’Arche, ceux qui ont cheminé depuis des décennies au sein d’une communauté, et qui ont parfois été proches de Jean Vanier, ont été et sont toujours fortement ébranlés, même si chacun réagit différemment en fonction ce qu’il est.
 

Q – Comment les personnes accueillies à L’Arche ont-elles réagi ?

Beaucoup ont été très troublées et parfois dans la confusion. Jean Vanier cimentait L’Arche même s’il n’était plus aux commandes depuis longtemps, et le cadre rassurant qu’il représentait a été ébranlé.

Comme très souvent, les personnes accueillies ont aussi été des soutiens. Un responsable de communauté m’a rapporté que l’une d’entre elles est restée à ses côtés toute la journée de l’annonce, se souciant constamment de savoir s'il allait bien. Une autre personne a dit à une assistante : « si tu as besoin de moi, je suis là ! »
 

Q – Et les familles, amis et partenaires de L’Arche ?

Pour l’instant, à quelques exceptions près, nous avons reçu un fort soutien. Nous percevons une confiance renouvelée, justement parce que nous avons engagé cette démarche. Ces encouragements, à vrai dire, nous font du bien.

Nous recevons énormément de messages de personnes qui expriment combien elles sont frappées par ce que ça révèle sur la cohabitation du bien et du mal au sein de chaque être humain.

Nous avons aussi des réactions négatives : certaines personnes nous reprochent d’avoir soulevé le couvercle, d’avoir sali un grand homme. Nous les comprenons et ne les jugeons pas. Avec notre conscience, en équipe, nous avons fait ce qui nous a semblé juste.
 

Q – Quel regard L’Arche porte-t-elle sur son fondateur aujourd’hui ?

C'est encore difficile de répondre à cette question, cela va prendre du temps. Il est nécessaire pour nous de rester intègres, d’avoir de la distance avec nos affects et nos émotions. Il ne s'agit pas d'effacer le bien qu'a fait Jean Vanier, il s'agit pour le moment de mieux comprendre cet héritage. Cette histoire nous met radicalement en face de nos propres fragilités. Un nouveau chemin pour L'Arche s'est sans doute ouvert à partir de notre désir de chercher la vérité dans cette douloureuse affaire. Un chemin qui est, pour l’instant, entravé par la crise du coronavirus, et qui accapare toute notre énergie. Aujourd’hui, l’essentiel est de protéger les personnes les plus fragiles de nos communautés du Covid-19.
 

Entretien réalisé mi-mars 2020.